Dans Devenir et temporalité I (Paris 1998), je consacre toute la première partie introductive à envisager les conséquences de ce constat laconique mais fatal de notre actualité : tout se passe finalement autrement que prévu.
Portée par un mélange d’optimisme et de volontarisme provocant, la modernité avait pourtant fait entrevoir la possibilité rationnelle d’une Histoire où tout se passerait comme voulu ; parce que pour un moderne, on peut faire ce qu’on veut faire dans le temps ; parce qu’on a la volonté d’apprendre à faire ce qui semble a priori encore impossible de faire mais qu’on fera.
Or le temps passant, le sentiment se répand que l’idée de faire l’Histoire à la manière des modernes n’était qu’un prétexte ; que le motif principal de la modernité en tant qu’Histoire du monde moderne n’était pas l’atteinte effective de la Raison mais la réalisation improbable d’un Mythe : celui de la maîtrise violente et organisée de la Terre par l’artifice raisonné de notre seule action.
Mythe contre Raison.
Ainsi pour nous modernes encore, les tard venus, il n’a pas suffi que le temps passe pour qu’un devenir advienne. De l’essentiel en somme, nous n’aurions rien vu venir. Et nous serions tentés d’écrire en exergue des textes ici rassemblés le mot de Pasternak : « Personne ne fait l’Histoire, on ne la voit pas, pas plus qu’on ne voit l’herbe pousser ». (D&T1 p.11).











La peau du texte
février 17, 2008Si le texte est défini comme ce qui fait l’objet d’un commentaire, et si la culture du Commentaire qui prévaut depuis des déc
ennies en vient maintenant à s’effacer, alors le texte disparaît - ainsi que Blanchot l’avait lucidement diagnostiqué au milieu du siècle dernier.
L’existence du texte aujourd’hui est intenable; l’hypertexte prévaut. L’ouverture incessante du texte sur d’autres textes (intertextes) a fini par lui faire la peau.
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