Archives pour février 2008

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Laconique mais fatal

février 26, 2008

Dans Devenir et temporalité I  (Paris 1998), je consacre toute la première partie introductive à envisager les conséquences de ce constat laconique mais fatal de notre actualité : tout se passe finalement autrement que prévu.17_grass

Portée par un mélange d’optimisme et de volontarisme provocant, la modernité avait pourtant fait entrevoir la possibilité rationnelle d’une Histoire où tout se passerait comme voulu ; parce que pour un moderne, on peut faire ce qu’on veut faire dans le temps ; parce qu’on a la volonté d’apprendre à faire ce qui semble a priori encore impossible de faire mais qu’on fera.

Or le temps passant, le sentiment se répand que l’idée de faire l’Histoire à la manière des modernes n’était qu’un prétexte ; que le motif principal de la modernité en tant qu’Histoire du monde moderne n’était pas l’atteinte effective de la Raison mais la réalisation improbable d’un Mythe : celui de la maîtrise violente et organisée de la Terre par l’artifice raisonné de notre seule action.

Mythe contre Raison.

Ainsi pour nous modernes encore, les tard venus, il n’a pas suffi que le temps passe pour qu’un devenir advienne. De l’essentiel en somme, nous n’aurions rien vu venir. Et nous serions tentés d’écrire en exergue des textes ici rassemblés le mot de Pasternak : « Personne ne fait l’Histoire, on ne la voit pas, pas plus qu’on ne voit l’herbe pousser ». (D&T1 p.11).

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    Photo rêve

    février 25, 2008
    Photo La photographie entretient avec ce qui est photographié la même relation que le rêve avec la vie éveillée.Envoyez vos textes à jp.pastor@phonereader.fr

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    Hénologie appliquée

    février 24, 2008
    Writing_thinking_scriptorNous parcourons un hypertexte comme l’orateur de l’Ad Herrenium parcourt son palais.

    Nous superposons à tel fragment tel autre fragment, tel énoncé à tel autre énoncé, répétant dans la lecture d’un texte en construction la lecture ancienne de tel autre, faisant éclater par des interventions personnelles imprévisibles et proprement incalculables cette belle ordonnance du Texte initial.

    Comme la rhétorique la plus ancienne se structurant provisoirement par les images afin d’élaborer son discours, nous jouons continuellement dans l’hypertexte avec nos postulats apparemment les plus solides: la cohérence et l’homogénéité.

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    Contre-coup

    février 23, 2008
    Après-coup, qui n’a pas été floué, contrefait après la formidable mutation social-historique que le siècle dernier a connue ?
    Trahison_christ_contrefacture
    Que nous soyons de droite ou de gauche, par contre-coup, nous sommes maintenant dans cette situation, dans cette vaste métabole où la soif d’ailleurs politique nous tenaille encore, plus que jamais.

    Les penseurs européens ont beau se mettre à l’école du savoir critique et se résoudre, quoi qu’il arrive désormais, à contenir la part d’émotion qui signale pour eux la contrefacture, la première contestation sociale venue les transporte…

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    Ne rien dire

    février 22, 2008

    L’architextualité est l’ensemble des catégories générales, ou transcendantes — types de discours, modes d’énonciation, genres littéraires, etc. — dont relève chaque texte singulier.Relation tout à fait muette, que n’articule, au plus, qu’une mention paratextuelle (l’indication Roman accompagnant le titre sur la couverture).

    —> G. Genette, Introduction à l’architexte, 1979.

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    Point de réversion de la déconstruction

    février 21, 2008

    Hypertext_reading_thinkingLe couple possible/inattendu est une opposition sur laquelle tôt ou tard la déconstruction ne parvient plus à travailler (voir D&T1 p.130).

     

    Car, dans le dispositif textuel, le point de dissolution dans la dérive de tous les signifiants possibles se heurte à un retournement inattendu, invalidant la position selon laquelle le signifié n’est qu’un signifiant mis dans un certain rapport à d’autres signifiants imaginables (permettant par là-même une déconstruction complète du couple ainsi dissocié).

     

    L’inattendu dans le texte tient donc (par/fois) la place forte d’un certain signifié transcendantal. Position qu’il faut sans cesse s’efforcer d’animer face au possible afin que son mouvement (sa métabole) ne soit pas arrêté, précipitant par là même sa tenue dans une simple résolution métaphysique de ses coordonnées. Ainsi l’inattendu ne se donne jamais dans une simple et transparente présence de l’événement. Et la déconstruction ne parvient pas pour autant à le stabiliser comme une simple catégorie modale de la temporalité.

     

    Voilà pourquoi je distingue l’inattendu, l’inanticipable, l’imprévu, l’imprévisible, l’inouï, la réminiscence soudaine selon une répartition métabologique séparant l’avoir-été/ce-qui-est-là/l’à-venir. Dans ce nouvel appareillage théorique, ce-qui-est-là intervient selon la modalité de l’imprévu, l’inattendu selon celle de l’à-venir, celle du souvenir occurrent ou de l’anamnèse soudaine (la madeleine de Proust) à travers le mode métabologique de l’avoir-été.(D&T1 p.131).

    Tous ces changements nous permettant alors d’aborder la question du statut philosophique de l’écriture contemporaine selon des modalités théoriques inédites.

     

     

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    Mimesis

    février 20, 2008

    Ne plus être un auteur au sens classique.Narcisse_image_soi_1L’hypertexte libère l’auteur de sa subjectivité malheureuse, celle qui signifie la souffrance et la mort en l’impliquant dans une certaine logique visuelle, au-delà des mots…

    L’anti-narcissisme hypertextuel plongé dans la contemplation de l’énonciation éditoriale de la page multimédia est un Narcissisme délivré, élargi, extraverti. L’image et la composition éditoriale des contenus visent un texte dégagé de toute narrativité, de toute mimétique traditionnelle.

    C’est au profit de l’image hypertextualisée qu’il faut faire disparaître la forme-spectacle.

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    Incomplétude des énoncés hypertextuels

    février 19, 2008
    Chess_game_dsquilibre

    L’algorithme de lecture détermine puis propose au lecteur une suite de textes polarisés en un ensemble connoté. Cette connotation générale des énoncés rassemblés en un parcours de lecture manifeste pour certains la preuve d’un certain désordre dans l’organisation du Texte.

    Or le désordre est immanquablement une condition de lisibilité indispensable à la lecture hypertextuelle. Pour que les énoncés s’enchaînent et transforment leur succession en une signification cohérente, il faut qu’à chaque moment du parcours choisi, ces énoncés restent en état d’incomplétude pour se composer. Afin que l’auteur comme le lecteur invente le texte sur écran – avec leurs propres codes et catégories -  l’Hypertexte reste incessamment ouvert au prochain choix énonciatif: il est de fait en perpétuel déséquilibre, jeté et précipité en une chute sans fin..

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    Deleuze et le surfeur

    février 18, 2008
    Surf_web_mouvementL’aptitude à la transformation, dans le procès d’hominisation, n’est pas seulement technique et démonstrativement objectivable – comme le supposait Leroi-Gourhan hier et Bernard Stiegler aujourd’hui.Non seulement la tekhnè invente certes l’espèce (et non l’inverse, comme l’ont bien montré les deux auteurs précédemment cités), mais encore l’ensemble des capacités modificatoires que nous créons (engendrement, métamorphose, variation, translation, échange etc.) participent à cette invention continuée qui mène maintenant à l’inattendu.

    Cette hypothèse d’un substrat métabolique (non substantiel) et originaire de ce que nous sommes, d’un réseau de transformations tissant “l’humain” autant que le social-historique, donne lieu à des usages totalement inédits du Texte et des ses potentialités – notamment dans les marges de la Culture instituée ou de la Recherche techno-scientifique la plus capitalistiquement intégrée…

    De sorte que les pages où Deleuze assimile le penseur à une sorte de surfeur comme personnage conceptuel (sic Qu’est-ce que la philosophie ? 1991 p.70), les pages où Guattari comprend la pensée qui glisse comme une nouvelle manière d’être, ces pages donc, généralisent dèjà le mode transformatif de l’Ecriture vers des domaines qui dépassent le seul apport technologique dans la constitution du Vecteur métabolique généralisé.

    Mais cette métamorphose, nous la voyons pas; nous ne la perçevons pas: comme chez Kafka, elle arrive sans rien changer, sans rien modifier (sur des pattes de colombes dirait Nietzsche); elle est sous nos yeux, l’étange, l’inattendu, le plus surprenant provenant toujours de ce qui est déjà là.

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    La peau du texte

    février 17, 2008

    Si le texte est défini comme ce qui fait l’objet d’un commentaire, et si la culture du Commentaire qui prévaut depuis des décDerrida_deconstruction_apostropheennies en vient maintenant à s’effacer, alors le texte disparaît - ainsi que Blanchot l’avait lucidement diagnostiqué au milieu du siècle dernier.

    L’existence du texte aujourd’hui est intenable; l’hypertexte prévaut. L’ouverture incessante du texte sur d’autres textes (intertextes) a fini par lui faire la peau.

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