Paul Valéry voit l’art de la couleur s’affirmer avec l’impressionnisme et le néo-impressionnisme, et s’unir aux nouveaux problèmes de l’espace et du mouvement. 
Or dans ses Cahiers, il caractérise d’ «affaiblissement» le résultat pictural obtenu par ces peintres.. Selon lui, un certain impressionnisme ou simultanéisme n’est que la traduction esthétique de l’impuissance d’attention , qui coïncide avec le système d’interruptions, de signaux, horaires, etc… dont la vie moderne est empoisonnée.
Comme le remarque patricia Signorile, Valéry met en évidence la transformation du problème de la couleur qui, de la conception émotive et sensorielle encore dominante à la fin du siècle dernier et au début de notre siècle, passe au domaine cognitif. La couleur n’est pas ce moment de la lumière auquel invite le physicien qui la décompose et la détruit, mais le sens moteur du comportement humain: «il pourrait n’y avoir que deux couleurs , qui suffiraient (pour) les besoins moteurs ou pour les choix». Il s’agit plutôt d’une réponse physiologique à des stimulations physiques extérieures, objectives et objectuelles, puis d’une conception mentale, cérébrale, subjective de l’homme comme sujet actif qui interprète, projette et construit la réalité. Ainsi, il s’agit d’une vision relevant davantage de l’esprit et du choix sémantique que des yeux, et qui, de cette façon, fait du problème de la lumière et de la couleur le problème-base d’une nouvelle science visuelle : «ce qui est rouge pourrait être bleu».
A partir de ces constatations, on conçoit que la recherche artistique de la modernité s’accorde avec les nouvelles technologies. Elle est, de moins en moins physique et de plus en plus cognitive, cérébrale et basée sur la perception. D’ailleurs, parfois, il semble qu’elle l’anticipe et Valéry note dans l’un de ses Cahiers: «forme et couleur (sont) en échange dans la perception». Ainsi, il met en évidence les problèmes de la perception visuelle induits par les formes objectives externes, géométriques, physiques, d’où découle la vaste recherche de l’art que les historiens de l’art appellent tour à tour «art cinéthico-programmé», «op-art», «art de la gestalt».
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