Pourtant, l’écriture narrative se distingue traditionnellement des autres formes d’écriture par une sorte de coïncidence temporelle avec son objet. La narration restitue au fil des pages, dans la succession temporelle de son discours, la succession des événements qu’elle relate dans le temps.
C’est ainsi qu’un lecteur attentif peut très bien considérer le texte comme un analogon de l’histoire réelle qu’il décrit. Et peut même commencer à en jouer au point de modéliser textuellement l’événement par
les jeux d’écriture: il peut revenir en arrière au fil du livre comme il peut anticiper et forcer certains passage pour arriver au but…
Déjà les Calligrammes d’Apollinaire ou les dispositions graphiques du Coup de dès chez Mallarmé permettait de pousser à la limite l’exploitation de certaines possibilités de l’écriture sur papier. Il va de soi que l’écriture numérique et l’hypertexte vont encore plus loin dans cette analogique du texte sur écran. Le caractère on-line de la Base données renforcent aussi l’espoir d’une identité temporelle entre l’Idée et le caractère instantanté de son expression.
Or tout hypertexte se révèle toujours déjà abyssal dans sa structure de renvoi et prêt déjà techniquement à toutes sortes d’inventions structurantes, avant même que toute technique d’expression vienne le redoubler.
En conséquence, toute innovation technique même la plus inventive sera toujours en retard par rapport à la lettre que le texte poursuit. Ce n’est qu’à la faveur d’une technologisation onirique, voire fantastique du texte que les arts numériques accèdent au Temps hypertextuel immédiat tant désiré. Et quoi qu’il en soit, jamais à l’occasion d’une innovation technologique d’ordre usuelle ou pratique…

