Archive de la catégorie «écriture»

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Hors l’image

juin 2, 2008

Ultra posse nemo obligatur.

Nul n’est tenu par ce qui outrepasse le possible. Cette phrase que je trouve dans le Projet de paix perpétuel chez Kant (AppeTemple_politique_grecsndice I), nous rappelle à notre égalité de condition au regard de ce qui ne s’imagine pas au-delà des possibles que nous formalisons. Et ce qui l’outrepasse, pour chacun d’entre nous et la communauté toute entière, c’est l’inattendu.

Ce constat (qui sort du cadre des conclusions kantiennes quelles qu’elles soient)  a évidemment selon moi des implications politiques immenses. Il nous renvoie à notre capacité de nous donner à nous-mêmes, effectivement et réflexivement, nos propres lois, sachant que nous le faisons compte tenu du fait que nul n’est tenu par ce qui, dans ce contexte, outrepasse le possible…

Comment concevoir en effet une autonomie qui ne se constitue que par l’intervention irréductible de l’inattendu; une autonomie qui reste totalement dépendante d’événements extérieurs et absolument immaîtrisables?

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Réseau et démocratie directe

mai 24, 2008

Democratie Contrairement à l’idéologie Cyber que Landow favorise, il n’y a pas de démocratie directe sur le Réseau. Les affaires politiques, les vraies, ont besoin d’un temps long et construit pour être réfléchies : les participants pour acquérir des compétences politiques à partir des objets circulant sur l’Internet doivent nécessairement prendre le temps et la mémoire nécessaires à la réflexion. La politique est une pensée, sinon toute action collective concomitante est impossible.

Si bien que l’échange en temps réel entre les intervenants ne peut en fin de compte ne concerner que des sujets non construits, des objets textués à faible valeur rétentionnelle ; soit donc des enjeux dont la valeur politique sur le net est quasiment absente.

Nous sommes là dans le temps du marché. Un temps immédiat distribuant les flux de significations imaginaires dérivées, des flux portés par des objets dont la teneur ne nécessite pas une organisation licite de la mémoire forte : ceux-ci sont même pensés et construits de manière à ne pas solliciter une structure mnémotechnique trop contraignante. Ce sont pour l’essentiel des biens multimédias issus des industries de programmes télé-visuels réagissant à des comportements instantanés de la part des consommateurs. Il est impossible de les reprendre pour les travailler ; il est impossible de les modifier dans une chaîne symbolique pertinente. Ces objets sont réplicables à défaut d’être transformables. Les sujets qui les utilisent ne cherchent qu’à en jouir, sans penser à modifier leur contenu dans les nouveaux échanges intersubjectifs que leur transformation pourrait à terme susciter.

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Par où commencer?

mai 23, 2008

Tout_arrive

Tout arrive.

La disparition de l’intervalle de temps dans notre rapport au monde nous confronte à la difficulté d’initier des projets, de trouver l’énergie du commencement, de situer en lieu et place la détermination d’un départ.

Or si rien ne part, apparemment tout arrive. Et ceci sans même avoir une idée du voyage. Le trajet disparait au profit d’un surgissement continué dans l’arrivée des choses et des événements dont on ne sait plus d’où ils partent.

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    Palais de la mémoire

    mai 11, 2008

    L’hypertexte n’est pas un puzzle que les scripteurs cherchent à reconstituer.

    Le palais de la mémoire qu’il constitue ressemble à de multiples égards à un palais enRuine_palais_mmoire ruine. L’aspect systématique d’un hypertexte n’a d’égal que le manque, le défaut qui lui interdit d’atteindre à la totalité, a fortiori à l’exhaustivité. A ce propos, Claude Simon,  dans son roman Jardin des plantes, insiste sur le caractère lacunaire et irréductible de la mémoire :

    C e n’est “pas un puzzle. Un puzzle est un jeu (ou un travail) dont on peut venir à bout. Pour ce qui concerne la mémoire, c’est impossible. Ce n’est jamais fini, il reste toujours des trous. [.] on ne sait pas trop pourquoi ni comment des imbrications de souvenirs, parfois complètement hétérogènes, se forment, se cristallisent dans la mémoire. Il reste comme un échantillonnage, divers, éclectique, composite.” (entretien 1997)

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    Hypertexte et nouvelles fonctions symboliques

    mai 3, 2008

    Typographie_lernen20vom20bauhaus

    Vu sous l’angle particulier de l’hypertexte, le problème de l’écriture semble profondément transformé.

    Ce n’est pas tant l’écriture en tant que transcription adéquate du langage oral qui importe (opposition structurante classique qui accorde traditionnellement à l’écriture son statut) ; c’est plutôt la livrée graphique (Emmanuel Souchier) de l’écriture hypertextuelle sur écran qui marque incontestablement une nouvelle étape dans l’équipement symbolique du scripteur dans l’expression. Il pourrait s’agir de ce que K. Boulding dans son livre The image a appelé une transcription dissociée, une transcription qui deviendrait progressivement indépendante du scripteur sur le réseau, une communication autonome par rapport à celui qui communique.

    Dans cette acception, l’écriture hypertextuelle semble se poser comme un nouvel instrument cognitif ouvrant au scripteur de nouvelles techniques intellectuelles, au même titre que la typographie d’antan a pu donner cours à de nouvelles expérimentations symboliques aux premiers typographes-humanistes du XVIème siècle. Jack Goody a remarquablement fait valoir en son temps l’importance de la liste, du tableau, de la logique, de l’argumentation et de la présentation de la preuve dans l’organisation de ce nouveau complexe textuel.

    Or ces techniques ont des conséquences essentielles aussi bien en ce qui concerne les relations intersubjectives entre les membres d’une même communauté que dans le domaine strictement cognitif des échanges. Comme l’a montré G.G.Granger, il n’y a pas de recherche ou de connaissance possible sans systèmes graphiques, systèmes de représentation, de notations sans systèmes opératoires d’analyse et de traitement des données non plus. On comprend avec l’écriture hypertextuelle et son axiomatique que la dimension imaginale et graphique de l’expression devient bien plus impliquante que la dimension strictement linguistique, sémantique qui n’en est qu’un aspect.

    Aujourd’hui les nouvelles sciences formelles que sont l’algorithmique, la théorie des graphes, de la calculabilité et des langages se constituent en élaborant des systèmes signifiants qui se différencient des langues traditionnellement transcrites à partir de l’écriture-papier : ce sont des systèmes symboliques mixtes où progressivement l’annotation-papier finit par jouer le rôle de méta-langage par rapport à ce qui est présenté sur écran; le texte-papier prend une fonction de commentaire possible qui prolonge le système en le reliant aux adhérences non explicites du système et à l’ensemble de l’expérience de l’écriture et de la lecture sur écran.

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    Visibilité

    mai 1, 2008

    Si pour Kandisky, l’art du XXème siècle est le contraire d’une démarche intellectualiste, pour les philosophes la peinture abstraite Cezanne_peinture_phnomnologie reste la mise en œuvre ” du faire-monde du monde, de l’apparaître de ce qui apparaît “. Par cette fonction de manifestation, elle est identique à la tâche de la phénoménologie. La peinture, en demandant à l’expérience elle-même son propre sens, est une phénoménologie en acte.

    On comprend ainsi l’importance de Cézanne dans la méditation de Merleau-Ponty. Le nom de Cézanne est le nom d’un style dont l’œuvre est le corps, la célébration de la co-naissance du sujet et du monde par l’effort de rendre visible la vision elle-même, d’accomplir ” la visibilité du visible “.

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    Ce qui est rouge dans un hypertexte pourrait être bleu

    avril 24, 2008

    Paul Valéry voit l’art de la couleur s’affirmer avec l’impressionnisme et le néo-impressionnisme, et s’unir aux nouveaux problèmes de l’espace et du mouvement. Rouge_bleu_couleur

    Or dans ses Cahiers, il caractérise d’ «affaiblissement» le résultat pictural obtenu par ces peintres.. Selon lui, un certain impressionnisme ou simultanéisme n’est que la traduction esthétique de l’impuissance d’attention , qui coïncide avec le système d’interruptions, de signaux, horaires, etc… dont la vie moderne est empoisonnée.

    Comme le remarque patricia Signorile, Valéry met en évidence la transformation du problème de la couleur qui, de la conception émotive et sensorielle encore dominante à la fin du siècle dernier et au début de notre siècle, passe au domaine cognitif. La couleur n’est pas ce moment de la lumière auquel invite le physicien qui la décompose et la détruit, mais le sens moteur du comportement humain: «il pourrait n’y avoir que deux couleurs , qui suffiraient (pour) les besoins moteurs ou pour les choix». Il s’agit plutôt d’une réponse physiologique à des stimulations physiques extérieures, objectives et objectuelles, puis d’une conception mentale, cérébrale, subjective de l’homme comme sujet actif qui interprète, projette et construit la réalité. Ainsi, il s’agit d’une vision relevant davantage de l’esprit et du choix sémantique que des yeux, et qui, de cette façon, fait du problème de la lumière et de la couleur le problème-base d’une nouvelle science visuelle : «ce qui est rouge pourrait être bleu».

    A partir de ces constatations, on conçoit que la recherche artistique de la modernité s’accorde avec les nouvelles technologies. Elle est, de moins en moins physique et de plus en plus cognitive, cérébrale et basée sur la perception. D’ailleurs, parfois, il semble qu’elle l’anticipe et Valéry note dans l’un de ses Cahiers: «forme et couleur (sont) en échange dans la perception». Ainsi, il met en évidence les problèmes de la perception visuelle induits par les formes objectives externes, géométriques, physiques, d’où découle la vaste recherche de l’art que les historiens de l’art appellent tour à tour «art cinéthico-programmé», «op-art», «art de la gestalt».

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    Futur photographié

    avril 23, 2008

    Photographie_multimdia_image La photographie crée des réseaux.

    Elle suscite des souvenirs, par association, par rapprochement. La photo-souvenir peut être un document, la marque d’un acte autobiographique ou la manifestation d’une quête identitaire. Selon Barthes, elle est une sorte de perversion puisqu’elle ne possède plus uniquement un pouvoir de commémoration ou de remémoration. Elle reflète plutôt une obsession commune : celle de s’abstraire de la durée et donc, de la mort.

    Elle montre l’atteinte du vivant par la mort et dispose d’un pouvoir d’anticipation et de révélation.

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    Beiträge zur Philosophie

    avril 20, 2008

    Beitrge

    Après Etre et temps (1927), l’ouvrage intitulé Beiträge zur Philosophie. Vom Ereignis (1936-38) peut être considéré comme la “deuxième œuvre principale” de Martin Heidegger.

    Dans cet ouvrage, le penseur s’explique surtout avec la tradition philosophique occidentale à partir de son commencement grec en cherchant à la dépasser “de l’intérieur” en faveur d’une pensée à venir, celle de “l’autre commencement”. Il y expose sa réinterprétation “ontologico-historiale” de l’histoire de la métaphysique, en comprenant notre propre époque, marquée par la “fabrication” (Machenschaft), comme “âge de la transition” de la pensée traditionnelle à la pensée de “l’autre commencement”.

    Les Beiträge, qui se distinguent par leur interprétation originale des positions de la philosophie traditionnelle, constituent bel et bien un monument au sein des courants de la philosophie contemporaine.

    C’est à partir de ces textes que la pensée de l’Ereignis se déploie – et il nous faut chercher en quoi celui-ci se différencie du phénomène métabologique de l’inattendu.

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    Feu pâle

    avril 19, 2008

    Dans Feu pâle, Nabokov met en place un récit en quatre chants, à la fois roman policier, livre d’aventure etSuperposition_double_doublebind poétique, parodie de la critique littéraire et construction romanesque.

    Mais ce qui crée l’intérêt théorique du récit, c’est la supersposition du texte et de son commentaire.

    L’introduction, les notes et l’index ne sont pas le fait de l’auteur du poème (John Shade) mais de son commentateur post-mortem (Charles Kinbote), dont le propos dépasse de loin l’explication de certains vers ou les anecdotes de son amitiés avec l’auteur: Kinbote extrapole le sens des mots de Shade pour les situer dans sa propre histoire d’exilé Zemblien (un pays nordique imaginaire) et de son roi en exil (Charles II le Bien Aimé) et s’approprier la parenté de l’oeuvre…

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