Si l’hypertexte pris dans les rets infinis de la signification, maltraite le nom propre en oubliant de le citer, celui-ci devrait pourtant assurer un certain passage entre le langage et le monde.
Le nom propre indique en effet un individu concret, sans ambiguïté : il signifie sans avoir à passer par les circuits hypertextués de la signification. Même si on accepte que le système hypertextuel se constitue par le développement de ses différences internes, il semble que le nom propre, qui fait partie intégrante de l’écriture, pointe directement sans différer vers le référent qu’il nomme. Cette possibilité de nomination en propre peut même être considérée comme la matrice même du langage, et comme telle pourrait prescrire au langage sa véritable finalité. Pour complexe que soient devenus nos besoins en matière d’écriture et de technique scripturale sur écran, l’idéal régulateur de ce qui s’écrit doit rester celui d’une nomination, et éventuellement de la vérité en propre.
Frege notamment résout sa distinction entre sens et référence en pensant les phrases comme des noms propres de propositions qui ont toutes pour référence soit un objet qu’on appelle « le vrai » soit un objet qu’on appelle « le faux » : un moment qui échapperait à l’hypertexte considéré comme une somme de différences et qui se rencontrerait avec de véritables singularités référentes hors langage.
Mais mon nom propre est-il vraiment ce qui est en ma propriété ? Il m’a été donné et il m’appartient. Mais dès que l’on m’appelle, il semble immédiatement fonctionner comme un nom commun. Il prend sens dans un système de différences lui aussi car il s’agit de moi et pas de tel autre et donc se trouve marqué par la trace de la distinction dans un sens relationnel.
Le nom propre n’existe pas et l’hypertexte dans sa constitution en tire toutes les conséquences.
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