L’aptitude à la transformation, dans le procès d’hominisation, n’est pas seulement technique et démonstrativement objectivable – comme le supposait Leroi-Gourhan hier et Bernard Stiegler aujourd’hui.Non seulement la tekhnè invente certes l’espèce (et non l’inverse, comme l’ont bien montré les deux auteurs précédemment cités), mais encore l’ensemble des capacités modificatoires que nous créons (engendrement, métamorphose, variation, translation, échange etc.) participent à cette invention continuée qui mène maintenant à l’inattendu.
Cette hypothèse d’un substrat métabolique (non substantiel) et originaire de ce que nous sommes, d’un réseau de transformations tissant “l’humain” autant que le social-historique, donne lieu à des usages totalement inédits du Texte et des ses potentialités – notamment dans les marges de la Culture instituée ou de la Recherche techno-scientifique la plus capitalistiquement intégrée…
De sorte que les pages où Deleuze assimile le penseur à une sorte de surfeur comme personnage conceptuel (sic Qu’est-ce que la philosophie ? 1991 p.70), les pages où Guattari comprend la pensée qui glisse comme une nouvelle manière d’être, ces pages donc, généralisent dèjà le mode transformatif de l’Ecriture vers des domaines qui dépassent le seul apport technologique dans la constitution du Vecteur métabolique généralisé.
Mais cette métamorphose, nous la voyons pas; nous ne la perçevons pas: comme chez Kafka, elle arrive sans rien changer, sans rien modifier (sur des pattes de colombes dirait Nietzsche); elle est sous nos yeux, l’étange, l’inattendu, le plus surprenant provenant toujours de ce qui est déjà là.



