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Imagination transcendantale

mars 8, 2008
L’image au sens générique n’existe pas dans l’hypertexte.Androgyne_sculpture_eros

L’idée selon laquelle on pourrait distinguer entre une image mentale (pensée et disposée par un scripteur) et une image-représentation résultat d’une certaine procédure technologique (une image 3D par exemple) n’est pas valide sur le Réseau: car nous parlons finalement du même objet, le même objet textué qui manifeste deux facettes d’une seul et même phénomène en acte.

Concernant le signe linguistique, rappelons qu’il n’y a pas pour Derrida de signifié transcendantal qui pourrait métaphysiquement être opposé au signifiant contingent: pourquoi en suivant cette logique devrait-il y avoir concernant l’image une strate transcendantale de l’imagination susceptible de réguler les variations empiriques de l’image-objet?

Ce constat pose nécessairement la question de la production de l’objet textué en acte. A partir du moment où la question de l’imagination transcendantale se révèle inopérante pour les questions qui nous occupent (du fait même de l’invalidité de la bipartition kantienne), il devient problématique de comprendre le statut procédural de l’image : l’image imaginée ne préexiste pas à l’image finalement présentée dans l’hypertexte. Leur objet est définitivement commun. De sorte qu’il existe nécessairement des traces techniques dans cette image qui rendent accessible au scripteur/iconographe ce passé contextuel qui lui permet alors d’écrire et se diriger rationnellement dans l’hypertexte (sinon, d’où tiendrait-il cette aptitude à écrire et lire des textes?…). Existerait-il ce faisant une nouvelle synthèse schématisante qui aurait échappé à Kant et qui expliquerait en quoi nous pouvons participer à la compréhension d’une image compte tenu de la culture et du contexte historique qui est le notre?

Pour avancer dans la résolution du problème, il convient plus sûrement de comprendre que ces traces techniques sont des significations imaginaires dont Castoriadis a clairement perçu la valeur ontologique. Castoriadis en effet distingue une imagination radicale de la seule et simple imagination représentationnelle. L’imagination au sens fort n’est pas un simple support de la représentation comme chez Kant, mais la condition de toute représentation et de toute rationalité. L’hypothèse d’une ultime synthèse rétentionnelle ignorée par l’analytique kantienne n’est par conséquent plus utile. Car l’imaginaire n’est plus dans ce cas une fonction seconde mais tout à fait originaire par rapport à la raison.

En ce sens, tout objet textué devient le centre polarisé de significations imaginaires qui ordonnent réellement les conditions de leur valeur et de leur sens. On comprend alors en quoi l’image au sens générique ne préexiste pas à l’image-objet: l’image participe d’un ensemble significations fondamentales dont nous nous approprions le sens compte tenu de l’imaginaire social-historique qui est le notre.

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    Second Life…et j’ai droit à une seconde vie

    janvier 21, 2008
    Virtualit_virtuel_ralit Si la rhétorique hypertextuelle est plus préoccupée de modalité que d’effectivité et oriente ses investigations vers l’imaginaire des formes possibles (à défaut de celles qui existent déjà), alors cette nouvelle rhétorique s’interroge nécessairement sur le statut et la fonction des univers virtuels sur le net – notamment les expériences de vie parallèle numérique comme Second Life.En effet, et à titre d’exemple, Second Life est une simulation sociétale virtuelle, permettant de “vivre une seconde vie”, parallèlement à la réalité, visant à recréer une “utopie artificielle”. Dans cet univers double, on peut acquérir des biens, rencontrer d’autres doubles, organiser des fêtes… et introduire ses propres créations (programmes, objets virtuels, etc.) dans l’univers de jeu, tout en restant juridiquement propriétaire. On peut acheter de l’espace, y bâtir “l’impossible” (sic) et gérer financièrement ses acquisitions (l’argent pouvant être tant virtuel que réel).Au regard d’une rhétorique orientée sur la nature de l’hypertexte, quel peut être le statut d’un tel ensemble imaginaire? Certainement pas celui qui consisterait à lui ôter toute teneur ontologique; lui dénier toute valeur quant à sa réalité – dans notre monde réel. Elle nous invite plutôt à revisiter nos catégories visant à identifier notre propre monde réel et à investir ce qui le transcende de nouvelles significations.

    Le virtuel n’est donc pas ici ce qui s’oppose au réel; mais ce qui excède sans cesse la réalité et le registre de son immanence, au vu de son actualisation permanente. Second Life n’est pas une autre vie artificielle coupée de la Vie (la vraie) mais la vie étendue à d’autres possibilités vitales toutes aussi réelles que les découvertes que nous ferions dans le registre de nos habitudes communes.

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